L’adoption par l’Assemblée nationale de la motion de rejet direct du projet de Loi de Finances Rectificative (LFR) constitue un séisme politique majeur. Au-delà des chiffres, cet épisode met à nu les failles béantes de la stratégie politique d’un gouvernement déconnecté de sa propre réalité parlementaire et incapable d’assumer ses prérogatives constitutionnelles.
- Une faillite d’anticipation et un manque de courage politique
- Le gouvernement a péché par excès de confiance et par passivité. En refusant d’engager d’emblée sa responsabilité face aux réserves légitimes exprimées dès les travaux en commission, l’exécutif a fait preuve d’une frilosité coupable. Ce refus d’assumer son arbitrage politique a laissé un vide stratégique que l’Assemblée nationale s’est empressée de combler. C’est cette hésitation initiale qui a condamné le texte.
- Le piège de la plénière ou la neutralisation de l’arme constitutionnelle
- En temporisant, le gouvernement s’est laissé enfermer dans un piège procédural chirurgical. La majorité parlementaire, par le biais de la “question préalable”, a opposé une fin de non-recevoir immédiate et ferme. Ce coup de maître parlementaire a purement et simplement privé l’exécutif de sa principale arme de persuasion : le passage en force par l’engagement de la responsabilité. Le gouvernement voulait faire planer la menace ; il se retrouve désarmé, sans même avoir pu défendre son texte à la tribune.
- Une crise de gouvernance qui menace l’économie nationale
Ce spectacle d’un exécutif court-circuité par sa propre majorité jette un voile de doute sur la conduite des affaires de l’État. En refusant le dialogue constructif en amont et en échouant à imposer son leadership, le gouvernement place le pays dans une situation de vulnérabilité extrême. - Le risque de défaut de paiement et le gel des financements internationaux ne sont plus des hypothèses théoriques, mais les conséquences directes de cette légèreté politique.
- Ce verdict parlementaire consacre l’isolement d’un gouvernement qui a perdu la main sur son agenda législatif.
Nous appelons l’exécutif à tirer immédiatement les leçons de ce camouflet institutionnel. Le temps de l’amateurisme et des calculs tactiques doit cesser. Le Sénégal a besoin d’un gouvernement qui décide, qui assume sa vision économique, sous peine de plonger le pays dans une instabilité institutionnelle et financière sans précédent.
Ousmane Gueye



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