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Gaza : des artistes sénégalais somment Diomaye Faye de rompre avec Israël et de passer de la parole aux sanctions

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Plus d’une centaine d’artistes, intellectuels et acteurs culturels sénégalais sortent de la réserve et haussent le ton. Dans une lettre politique sans concession rendue publique par le collectif African Artists Against Apartheid Sénégal, ils interpellent frontalement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l’appelant à traduire ses positions diplomatiques en actes concrets contre Israël, qu’ils accusent de commettre un génocide à Gaza.

La mobilisation est d’ampleur et symboliquement lourde. Parmi les signataires figurent des figures majeures de la culture sénégalaise et africaine : Germaine Acogny, icône mondiale de la danse contemporaine, Ken Bugul, voix incontournable de la littérature africaine, ainsi que les cinéastes internationalement primés Mati Diop et Alain Gomis. Autour d’eux, une constellation de réalisateurs, comédiens, critiques d’art, commissaires d’exposition et chercheurs, tous unis par une même exigence : que le Sénégal rompe avec ce qu’ils considèrent comme une complicité passive face aux crimes commis à Gaza.

Dans leur lettre, les artistes interpellent directement le chef de l’État, sans détour ni langage feutré :
« Le peuple sénégalais attend des mesures concrètes. Quel rôle votre gouvernement jouera-t-il pour sauver le droit international des décombres de Gaza ? »
Pour eux, l’heure n’est plus aux communiqués ni aux équilibres diplomatiques, mais à des décisions politiques assumées.

Les signataires rappellent que le Sénégal est membre du Groupe de La Haye, une coalition internationale visant à coordonner des réponses juridiques et diplomatiques face à Israël. Mais ils dénoncent l’inaction de Dakar, qui contraste avec les choix plus offensifs de pays comme l’Afrique du Sud, la Namibie ou la Colombie, déjà engagés dans des sanctions formelles. Ils exigent que le président Diomaye Faye « participe pleinement » aux actions du Groupe et joue un rôle moteur pour entraîner d’autres États africains.

Leur cahier de revendications est clair et radical :
suspension immédiate des relations diplomatiques et économiques avec Israël ;
interdiction du transit de matériel militaire israélien par les ports, l’espace maritime et les eaux territoriales du Sénégal ;
refus catégorique de toute tentative de réintégration d’Israël comme État observateur à l’Union africaine, dont il a été suspendu en 2023.

La lettre fustige ce que les artistes décrivent comme une « impunité totale », malgré les accusations portées par des juridictions et instances internationales. La chercheuse et écrivaine Tabara Korka Ndiaye va plus loin, évoquant un « fémi-génocide », estimant que les femmes palestiniennes sont ciblées de manière spécifique, et établissant un parallèle direct avec les violences systémiques subies par les femmes au Sénégal. Une manière d’ancrer la tragédie de Gaza dans des luttes locales et universelles.

À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, les signataires appellent également l’État sénégalais à soutenir toutes les initiatives visant à exclure Israël des compétitions sportives internationales, estimant qu’aucun événement célébrant la jeunesse et la paix ne peut se tenir dans l’indifférence face à des crimes de masse.

Pour ces artistes, la position du Sénégal ne relève pas seulement de la politique étrangère, mais de l’histoire et de l’identité du continent africain, forgées dans les combats contre l’esclavage, le colonialisme et l’apartheid.
« C’est dans les moments de crise que les nations forgent leur grandeur », concluent-ils, exhortant le Sénégal à choisir clairement son camp : celui de la justice internationale, des droits humains et des peuples opprimés.

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