Accueil A la Une Kaolack 2029, le chantier d’une renaissance

[Contribution] Kaolack 2029, le chantier d’une renaissance

0
33

La décision du Président Bassirou Diomaye Faye d’organiser à Kaolack le grand défilé de la fête nationale du 4 avril 2029 mérite d’être saluée avec une profonde reconnaissance. En tant que citoyen de Kaolack et du Sénégal, j’accueille cette initiative avec une immense satisfaction et un réel espoir pour l’avenir de notre ville. Le Programme spécial Indépendance annoncé par le Chef de l’État, sous la coordination du Premier ministre, ouvre une perspective historique qui dépasse largement l’organisation des festivités nationales. Ancienne capitale commerciale du bassin arachidier, Kaolack conserve un patrimoine industriel et une position géographique qui lui confèrent une vocation métropolitaine remarquable. Son rayonnement religieux et culturel lui assure une influence qui dépasse les frontières nationales. Pourtant, cette richesse contraste avec la dégradation de son environnement urbain et le recul de certaines activités productives. Le rendez-vous de 2029 offre une occasion exceptionnelle de renouer avec cette prospérité longtemps associée à l’identité de la capitale du Saloum. L’Indépendance 2029 doit être le point de départ d’une véritable renaissance économique et urbaine, dont les bénéfices se prolongeront bien au-delà des célébrations.

Cette ambition bénéficie désormais d’une recomposition majeure de la géographie économique nationale. L’inauguration, le 22 août 2026, par le Président Diomaye de l’autoroute Mbour-Fatick-Kaolack constitue une avancée considérable pour la connexion du bassin arachidier à Dakar. Les études engagées pour son prolongement vers Tambacounda ouvrent des perspectives nouvelles vers le Sénégal oriental et les corridors commerciaux sous-régionaux. Le lancement des travaux de la première phase du corridor routier Bissau-Dakar, soutenu financièrement par la Banque africaine de développement, vient renforcer cette dynamique d’intégration régionale. Ces infrastructures améliorent progressivement les connexions entre les principaux marchés et bassins de production de l’Afrique de l’Ouest. Kaolack occupe une position privilégiée dans cette nouvelle architecture des échanges, à l’interface des marchés de Dakar et des territoires méridionaux. La réduction des coûts de transport et l’amélioration de l’accessibilité peuvent accroître son attractivité industrielle. Mais une ville ne prospère pas du seul fait que les marchandises traversent son territoire. L’enjeu stratégique consiste à transformer Kaolack, ville de transit, en une métropole de production, de transformation et de redistribution capable de capter une part croissante de la valeur économique des échanges. Les nouveaux corridors devront servir cette ambition.

La première urgence est de disposer, avant le 31 décembre 2026, d’une feuille de route Kaolack 2029 finalisée et immédiatement opérationnelle. Le projet de loi de finances initiale pour 2027, actuellement soumis à l’Assemblée nationale, offre une fenêtre budgétaire décisive. Les premières opérations prioritaires doivent être identifiées sans délai afin que leurs besoins de financement puissent être pris en compte dans les arbitrages budgétaires de 2027, conformément aux procédures applicables. Cette programmation devra être accompagnée d’engagements pluriannuels couvrant la période 2027-2029. Il faudra consolider les projets déjà engagés et sélectionner de nouveaux investissements sur la base de leur utilité économique et sociale. Chaque opération devra disposer d’une estimation financière crédible et d’un calendrier d’exécution. Les responsabilités institutionnelles devront être clairement établies. Les investissements susceptibles d’être livrés avant avril 2029 seront distingués des grands projets dont les études et les premiers engagements pourront être sécurisés à cette échéance. L’année 2027 devra ainsi marquer le démarrage effectif du programme, avant une intensification des réalisations en 2028. Le premier rendez-vous décisif de Kaolack 2029 se situe donc à la fin de l’année 2026, et non au printemps 2029. La préparation des festivités ne doit pas absorber le temps nécessaire à la transformation.

L’hygiène publique, l’assainissement, la gestion des déchets et la salubrité doivent constituer ensemble l’un des plus grands chantiers de cette renaissance. Leur interdépendance commande une approche intégrée, bien au-delà des opérations ponctuelles de nettoiement et des ouvrages isolés de drainage. Les inondations récurrentes exigent des investissements hydrauliques capables de traiter durablement les principaux bassins de ruissellement. La relance du programme d’assainissement des dix villes offre une base importante pour accélérer cette transformation. Mais l’assainissement doit également prendre en charge les eaux usées et les boues de vidange, dont la gestion conditionne directement la santé publique. L’organisation des déchets solides mérite une réforme opérationnelle de l’ensemble de la chaîne, depuis la précollecte dans les quartiers jusqu’au traitement et à la valorisation. La résorption des dépôts sauvages devra accompagner le développement d’équipements de transfert et de solutions de traitement adaptées. Les marchés, les gares routières et les espaces publics devront bénéficier de dispositifs permanents d’hygiène et d’entretien. La salubrité des établissements scolaires et des structures sanitaires devra recevoir la même attention. La commune et les opérateurs compétents devront être liés par des objectifs vérifiables de couverture et de qualité du service. Des contrats de performance pourront garantir la régularité de la collecte et l’entretien des équipements. La sensibilisation des populations accompagnera ces investissements sans se substituer aux responsabilités des services publics. Les grandes artères et les entrées de ville devront être requalifiées, avec un éclairage moderne et des espaces publics entretenus. Les quartiers périphériques devront bénéficier de cette amélioration au même titre que les lieux destinés aux cérémonies. Kaolack 2029 doit consacrer la naissance d’une ville propre et assainie, où la salubrité devient un service public permanent plutôt qu’une mobilisation exceptionnelle à la veille des grandes manifestations.

La renaissance économique appelle simultanément une reconstruction ambitieuse du tissu industriel. Kaolack doit retrouver sa capacité historique à transformer les richesses agricoles de son hinterland. La modernisation de la SONACOS pourrait devenir le point d’ancrage d’une véritable plateforme agro-industrielle, ouverte aux capitaux privés et aux entreprises locales. Les filières arachidières et céréalières offrent des perspectives de transformation considérables. Le sel constitue également une ressource susceptible de soutenir des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée. Une zone agro-industrielle équipée d’infrastructures énergétiques fiables et de capacités modernes de stockage renforcerait l’attractivité du territoire. La réhabilitation du port de Kaolack devrait être intégrée à cette stratégie, sur la base d’études actualisées de navigabilité et de viabilité commerciale. Sa complémentarité avec les nouveaux corridors routiers pourrait favoriser une organisation logistique plus efficiente. La rénovation du tissu industriel devra également encourager l’installation de petites et moyennes entreprises capables de fournir des services aux grandes unités de transformation. C’est par ces interdépendances productives que se construira une économie territoriale plus dense. L’amélioration des infrastructures réduira les coûts des entreprises, tandis que la croissance des activités industrielles renforcera la demande de services logistiques. Kaolack pourra progressivement retrouver sa fonction historique de grand centre productif du Sénégal central.

Cette transformation industrielle doit s’accompagner de la création d’un véritable hub commercial et logistique régional. La modernisation des marchés existants et l’aménagement de nouvelles plateformes marchandes permettront de mieux organiser les échanges entre les bassins agricoles et les marchés nationaux. Des capacités modernes d’entreposage et des équipements frigorifiques amélioreront les conditions de conservation des produits. Les zones de chargement et les services destinés aux transporteurs pourront contribuer au désengorgement du centre-ville. La digitalisation des transactions et le développement de services financiers adaptés renforceront la compétitivité des opérateurs. Des partenariats public-privé pourront être mobilisés pour les équipements dont l’exploitation commerciale présente une viabilité démontrée. Les femmes et les petites entreprises, qui constituent une part essentielle de l’économie marchande, devront bénéficier directement de cette modernisation. Le capital humain mérite une attention équivalente. L’Université du Sine Saloum El-Hâdj Ibrahima Niass pourrait servir de socle à un grand pôle technologique développant des formations professionnalisantes dans les métiers de l’industrie et de la logistique. Des partenariats avec les entreprises permettraient de former les compétences nécessaires à l’exploitation des nouveaux équipements. La perspective d’un développement aéroportuaire adapté aux besoins économiques et religieux du territoire pourrait également faire l’objet d’études à plus long terme. La modernisation de Kaolack doit créer les conditions d’une économie qui transforme davantage de produits, attire davantage d’entreprises et offre davantage de perspectives professionnelles à sa jeunesse.

La crédibilité de cette ambition dépendra de la qualité de son financement et de son exécution. Le Programme spécial Indépendance devra fédérer les investissements de l’État et les interventions des collectivités territoriales, en mobilisant les partenaires techniques et financiers autour d’un portefeuille cohérent. Les infrastructures d’assainissement et les investissements de résilience climatique pourront bénéficier de financements concessionnels. Les projets industriels et commerciaux à potentiel marchand pourront être structurés en partenariats public-privé, avec une répartition rigoureuse des risques. Une conférence des investisseurs consacrée à Kaolack pourrait être organisée dès le premier semestre 2027, sur la base de projets suffisamment préparés. Le Fonds souverain d’investissements stratégiques et les institutions nationales de financement du développement pourraient être associés aux opérations relevant de leurs mandats. La coordination gouvernementale devra veiller à la cohérence des interventions et à la maîtrise des coûts. Le Président de la République et le Premier ministre pourraient utilement s’appuyer sur une équipe restreinte d’experts de haut niveau pour consolider l’ingénierie du programme et prévenir sa récupération politicienne. Les collectivités territoriales devront exercer pleinement leurs responsabilités. Le suivi trimestriel annoncé par le Chef de l’État gagnerait à s’appuyer sur un tableau de bord public des investissements et des résultats. Les réalisations devront être appréciées à partir de leur fonctionnalité effective et des améliorations mesurables pour les populations. La préparation des contrats d’entretien et des budgets de maintenance devra précéder la réception des ouvrages. La valeur d’un investissement public ne réside pas dans son inauguration, mais dans les services qu’il continue de rendre plusieurs années après sa mise en exploitation.

Le 4 avril 2029 doit enfin devenir une grande occasion de rassemblement autour de l’avenir de Kaolack. Les autorités religieuses et coutumières, les acteurs économiques et les universitaires devront prendre toute leur place dans cette mobilisation. Les compétences de la diaspora pourront contribuer à la préparation des investissements et au développement de partenariats. Les organisations citoyennes devront être associées à l’amélioration durable du cadre de vie.

Je renouvelle mes félicitations au Président Bassirou Diomaye Faye pour cette initiative qui honore notre ville et ouvre de nouvelles perspectives pour son développement. Elle mérite un engagement collectif qui transcende les appartenances politiques et les intérêts particuliers. L’urgence est désormais de transformer cette décision en une programmation opérationnelle avant la fin de 2026, avec les premières ressources mobilisées dès la loi de finances 2027. Les grandes infrastructures nationales offrent déjà à Kaolack des perspectives économiques remarquables. La modernisation urbaine et la reconstruction industrielle devront permettre de convertir ces avantages en prospérité locale. Lorsque les tribunes auront été démontées et que les délégations auront quitté Kaolack, notre ville devra conserver bien davantage que le souvenir d’une grande célébration nationale. Elle devra être plus propre et mieux assainie, avec des infrastructures fonctionnelles et une économie engagée dans un nouvel essor. Ses habitants devront pouvoir reconnaître dans leur quotidien les fruits de cette mobilisation historique. C’est ainsi que Kaolack honorera la confiance placée en elle par le Chef de l’État. Et c’est ainsi que l’Indépendance 2029 pourra entrer dans notre histoire comme le commencement d’une véritable renaissance.

Dr Abdourahmane Ba
Président du Think Tank FOYRE
Expert en évaluation des politiques publiques, Evidence, Management et stratégies de développement

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici